Bernard Lacombe, à l'apogée de son art

Le troisième épisode sur la légende de l'attaquant Marine et Blanc

LéGENDES - Jeudi, 9 avril, 2020 - 18:00

La saison référence du buteur français.

À l’apogée de son art

En Coupe d’Europe, la donne est désormais différente, puisque c’est la Coupe des Clubs Champions (U.E.F.A. Champions League, aujourd’hui/C1) qui est au menu. Successivement l’Athletic Club Bilbao (3-2/0-0), en seizième de finale, le C.S. Dinamo Bucarest (1-0/1-1), en huitième et le Dniepr Dniepropetrovsk (1-1/1-1, 3 tirs au but à 5), en quart, s’inclinent devant la furia, et le magnifique football pratiqué par les Bordelais. Seule la Juventus Turin F.C. – qui va perdre 2-0 à Lescure – parvient à venir à bout d’un onze pourtant patiemment élaboré et programmé pour gagner ; son avantage pris à l’aller en Italie (3-0) faisant la différence. Une « Juve » exceptionnelle de stars et de talent qui remportera le trophée un peu plus tard…

« Cela avait été un match extraordinaire ! C’est vrai que ça s’était joué à rien du tout (…), se souvient, en 2009 et pour Girondins TV, Bernard Lacombe. Je crois qu’en plus, c’était le record de spectateurs à Lescure… Il y avait un monde… C’était de la folie, dans ce stade ! Oui, c’était une partie exceptionnelle. »

La critique est alors excellente, le jeu de la bande à Jacquet et Giresse est loué par toute l’Europe du football, et Lacombe est à l’apogée de son art. Lui qui est parvenu à mettre le cuir au fond lors de chaque tour1, avant la demi-finale fatidique (dans laquelle il délivre une passe décisive pour Müller). Lui qui est une référence pour tout apprenti-buteur, pour tout amateur de foot, tout simplement. Lui, auquel l’on reprochait d’être « trop gentil », alors qu’il se définissait lui-même comme simplement « gentil », et qui ne l’était donc pas vraiment pour les gardiens de but adverses !

Pour toutes ces raisons, le millésime 1984-1985 fait toujours référence, au cours de la deuxième décennie du XXIe siècle…

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Une coupe et des glaçons !

Le suivant est bon aussi, mais la passe de trois n’est pas à l’ordre du jour. Dans les plans, si, mais dans les faits, c’est le Paris Saint-Germain qui rafle la mise en qui remporte son premier titre de champion de France (56 points) ! Devant Nantes (53) et des Girondins (49) bien trop loin… Leur attaque est la troisième meilleure du plateau (55 buts), mais Lacombe n’y contribue qu’à hauteur de 7 unités, en 23 matches. L’âge, des blessures et la concurrence font leur œuvre. Pascal a pris du galon (7 buts en 25 matches), Giresse marque encore (9/29) et, surtout, Uwe Reinders, attaquant puissant et athlétique arrivé du S.V. Werder Brême (République Fédérale d’Allemagne) à l’été, s’y emploie. L’international allemand signe 15 buts en 35 matches (pour 25 T.C.C.), ce qui en fait le sixième au niveau national, et le seul représentant bordelais dans les vingt-cinq premiers…

En C1, pas le temps de briller, puisque dès leur premier tour (seizième de finale), les Marine et Blanc se sont fait sortir ; le Fenerbahçe S.K. s’imposant au Stade Municipal (2-3), et se contentant du nul (0-0) au retour, pour passer… Lacombe n’a pas marqué et le coup de massue laisse de vrais regrets. Le contraste entre la saison écoulée et celle-ci est saisissant… Heureusement, la satisfaction viendra du sacre final en Coupe de France, lorsque les Girondins battront (2-1) l’Olympique de Marseille de Bernard Tapie, Joseph-Antoine Bell, Jean-Pierre Bade, Antoine Martinez ou Michel Audrain, après prolongation. Cette soirée au Parc des Princes est historique, puisque c’est la deuxième fois que le club remporte le trophée ; la première datait de 1941 ! Bordeaux vient aussi de « venger » les équipes qui se sont inclinées en 1943 (2-2 et 4-0) et en 1969 (2-0), face au même adversaire !

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La joie qui succède à la consécration est à la hauteur de l’amour que ces joueurs et ces dirigeants portent à l’institution Girondins de Bordeaux ; l’engouement, la ferveur et la communion populaires qui en résultent, le lendemain, dans la cour de l’Hôtel de ville de Bordeaux, en témoignent aussi…

En avril 2016, Lacombe est revenu spécialement pour Girondins.com sur quelques anecdotes vécues au cours de cet épisode unique. « J’ai le souvenir qu’on était tous les deux, avec ‘‘ Gigi ’’ (Alain Giresse, NDLR), la veille du match, à l’hôtel, au Trianon Palace de Versailles ; il avait un problème au péroné, qui était fissuré, je crois. Moi, j’avais un genou en mauvais état. La nuit précédant la finale, dans la chambre, on a glacé au maximum ; on avait pris de sceaux à champagne – mais sans champagne – avec des glaçons dedans. Et on a passé la nuit comme ça… Seaux plus oreillers !

Moi, avant le match, dans le vestiaire et le grand bassin du Parc des Princes, j’ai subi une infiltration faite par le docteur du club. On a joué la prolongation et ça a été un moment fabuleux… Plus la réception à la Mairie… (…) C’est un souvenir extra, un moment très particulier. On n’avait pas dormi de la nuit, puis le train, le bus… »

1985-1986 restera donc elle aussi dans les annales ! D’un point de vue plus personnel, ce sont 8 buts en 29 matches T.C.C. qui sont à mettre au crédit de Lacombe. Soit, cependant, le moins bon total depuis 1979-1980.

On se retrouve demain pour le quatrième épisode !

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