Légendes - Bernard Lacombe, un buteur hors pair

Nouveau chapitre de l'histoire de Bernard Lacombe aux Girondins

LéGENDES - Mercredi, 8 avril, 2020 - 19:00

Les qualités de l'attaquant français mises en avant dans cet épisode.

Buteur et passeur hors pair

Professionnel jusqu’au bout des crampons, superstitieux jusqu’aux confins de son âme, Lacombe affiche pourtant une efficacité redoutable (sans grigri devant la cage), teintée d’une correction exemplaire, sur et en dehors du terrain. Même si son caractère de gagneur et de compétiteur prend parfoi, par réflexe, le dessus. Autrement dit, lorsque son jeu dos et face au but lui vaut des caresses peu amènes de la part de ses adversaires, il ne se laisse pas faire !

Il est un soldat sur lequel Jacquet peut aisément compter ; un besogneux, un malicieux, un buteur et un passeur hors pair. Un combattant entièrement dévoué à la cause : celle des Girondins et de leur mission rédemptrice. L’ambassadeur d’une entité, et d’une identité de jeu déposée qui fait déjà rêver les suiveurs ; l’opération séduction est en marche dans l’Hexagone, mais aussi hors frontières. Plusieurs Girondins sont sociétaires de l’Équipe de France, ce qui est tout sauf un hasard…

La saison 1981-1982 a – bien vécu – et 1982-1983 s’annonce prometteuse ! La C3 est au menu et elle réserve de bonnes et grandes surprises. Léonard Specht, Raymond Domenech, Caspar Memering, Dieter Müller, internationaux français et allemands, sont embauchés pour ça. Richard Ruffier, gardien de but, aussi. Au premier tour, le F.C. Carl Zeiss Jena, représentant de la République Démocratique Allemande (R.D.A.), et par ailleurs d’un football rugueux et respecté, « tape » chez lui les Français (3-1). La tâche est ardue au retour, mais pas insurmontable : la preuve, les Marines s’imposent 5-0, pour une extraordinaire remontée ! L’Hajduk Split roue de coups et de buts les visiteurs, au cours du seizième de finale-aller (4-1), mais s’incline lui aussi en suivant : 4-0 ! L’Universitatea Craiova met un terme à l’aventure en huitième, après une défaite 1-0 au Stade Municipal, mais avec une victoire en Roumanie (2-0). Il y a élimination, certes, mais ce sont-là les prémices concrets d’une montée en puissance et d’une progression constante du club, qui s’affichent en grand format. Lacombe n’a pas marqué durant cette campagne, mais il a grandement contribué aux succès sportifs et à ceux dits « d’estime ».

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En championnat, il dispute 33 matches et score 20 fois !  Il occupe le 4e rang national, tandis que Müller (6e, 17 buts) et Giresse (17e, 12 buts) complètent le tableau ; les trois compères ont fait trembler les filets à 49 reprises, tandis que les leurs ont marqué 67 fois au total ! Bordeaux est la deuxième attaque, mais aussi vice-champion de France (48 points). Seul Nantes a fait mieux (58), avec son immense buteur, Vahid Halilhodžić (27 buts), en pointe. Ce duel à distance que se livre les deux hommes (quand Lacombe claquera 22 fois en 43 matches T.C.C.), va durer quasiment toute la décennie… Pour une version ultra offensive de "l’à qui mieux mieux" !

Si l’on a l’impression que Bordeaux laisse passer sa chance, au vu des classements successifs, et des prestations fournies année après année, il faut tout de même préciser que les « Canaris » comptent dans leurs rangs pratiquement ce qui se fait de mieux en France. Alliant notamment physique et technique de haut niveau, l’autre entité de renom de la façade Atlantique est un modèle. De formation et de jeu. Ce qui ne fait que motiver les Aquitains, et renforcer leur envie d’assujettir une bonne fois pour tous leurs rivaux. Le défi est de taille et les hommes du club au Scapulaire vont bientôt le relever…

L’âge d’or du foot à Bordeaux

Car c’est bien l’hégémonie et l’âge d’or du foot à Bordeaux qui s’affirment désormais. À l’orée de l’exercice 1983-1984, Claude Bez et Didier Couécou, dans un tumulte médiatique à la hauteur de leurs appétences sportives, débauchent Thierry Tusseau de Nantes, engagent Patrick Battiston (Saint-Étienne) et Bernard Zénier (A.S. Nancy Lorraine) ; tous internationaux. Hassan Hanini (futur international marocain) vient garnir le front de l’attaque, quand Soler et Ferratge sont transférés.   

En championnat, c’est un mano a mano qui prend forme, en tête, avec l’A.J. Auxerre, autre place forte de la formation dans le pays. Mais Bordeaux va passer devant dès la fin septembre et se diriger vers un titre suprême après lequel il court depuis 1950…

À la même période, les Aquitains tombent de nouveau sur un club de l’Est, en C3 : le F.C. Lokomotive Leipzig, en trente-deuxième de finale. La cause est vite entendue : défaite à Lescure (2-3) et défaite dans la Saxe (4-0) ! C’est une brutale désillusion, un coup d’arrêt et, pour la deuxième année consécutive, Lacombe n’a pas marqué en coupe d’Europe !

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Tout cela n’affecte pas le collectif en D1, mais c’est maintenant Monaco qui carbure à fond et qui s’adjuge la première place… jusqu’à Noël ! Puis Bordeaux dépasse le club du Rocher, et celui-ci… reprend le large, en suivant ! C’est une incroyable bataille qui voit son épilogue favorable aux Girondins, lesquels reprennent la tête lors de l’avant-dernière journée… à la différence de buts ! Et merci qui ? Merci Bernard ! Car il en a déjà bon nombre dans la besace, et va de surcroît choisir l’ultime rendez-vous pour marquer son 18e but (en 35 matches). Ce sera en Bretagne, face au Stade Rennais F.C. (0-2), sur coup franc ; ce qui permet (en plus de l’autre réalisation de Müller) aux siens d’être sacrés (54 points) à la différence de buts, devant les Azuréens ! Rennes, lui, glisse en D2…

Un final insolite, une course au titre et 19 buts en 41 matches T.C.C. : c’est une saison pleine et faste pour lui, qui va se conclure en juin par un énorme trophée glané avec l’Équipe de France, sur son sol…    

Plus grand buteur français

Il faut dire qu’en Première division, Lacombe est – déjà – le plus grand buteur français de tous les temps. Au cours de la saison, il a battu le record que détenait jusque-là Hervé Revelli : 216 buts ! Et ce n’est pas parce que l’on mesure 1,70 mètres et pèse 69 kilos que l’on ne peut pas avoir du poids en attaque ! Joueur volontaire, tenace, motivé par le duel, il sait se positionner comme il le faut, quand le jeu le dicte. Souvent dos au but, il est spécialiste du pivot et de la frappe enchaînée : au sol, ou à mi-hauteur. Tir sec ou en finesse, crochet, volée, piquet : tout fonctionne ! Bon des deux pieds et dans le jeu aérien, il sait aussi se montrer altruiste et parfait remiseur. Avec Giresse (7e ex aequo, 16 buts) et Müller (10e ex aequo, 14 buts), il figure donc parmi les toutes meilleures gâchettes du plateau.

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À la rentrée suivante, la mouture doit être aussi bonne, et même bien meilleure encore ! C’est décidé : Bez veut que son club soit l’un des meilleurs d’Europe… voire le meilleur ! Tandis que l’on soumet l’idée de construire un stade de 100 000 places dans la métropole, histoire d’être en adéquation avec le discours présidentiel, il faut que sur la pelouse, les actes suivent. Dominique Dropsy, gardien de but international, Marc Pascal, attaquant de complément international Espoirs et « B ») et Fernando Chalana, milieu offensif au talent de « top player », ont été recrutés. Vu l’énorme investissement financier consenti pour enrôler ce dernier (considéré comme le meilleur joueur de l’Euro 1984, derrière Michel Platini et en compagnie de Jean Tigana), les ambitions sont de taille et affichées à la face du monde ! En ces temps fastes, il déclare au magazine Mondial : « Plus je vieillis, plus j’ai envie de marquer ! » Bernard Lacombe prendra part à 46 rencontres et fera trembler les filets à 26 reprises, T.C.C., pour ce qui reste comme son plus gros total cumulé avec les Girondins ! 36 matches de championnat, 22 buts : il se place sur la deuxième marche du podium, derrière Halilhodžić le Nantais (28), ce qui constitue son meilleur score avec Bordeaux. Et, c’est encore une saison extraordinaire, qui se termine par un deuxième titre de champion de France consécutif, et au prix d’un parcours au coude à coude avec le F.C. Nantes de Jean-Paul Bertrand-Demanes, William Ayache ou José Touré. Lequel restera à trois unités derrière…

Rensez-vous demain pour le deuxième épisode !

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