Légendes - Jaime Mancisidor (partie 1)

L'histoire d'un joueur légendaire pour les Girondins

LéGENDES - Mardi, 24 mars, 2020 - 11:00

Aujourd'hui tous les projecteurs sont braqués sur la légende du club au Scapulaire, Jaime Mancisidor.

Jaime Mancisidor, l’éternel

Dès le départ, il est là. Dès le début de l’aventure, faut-il même préciser : celle du Girondins de Bordeaux Football Club. Alors pas depuis 1881, date de fondation de l’omnisport, mais dès 1936, donc, avec les balbutiements officiels de la section football du club marine et blanc, connu aujourd’hui (et depuis 1992) sous l’appellation « F.C. Girondins de Bordeaux ». Car l’entité, alors nouvellement créée, suite à une fusion entre les Girondins Guyenne Sports et le Bordeaux Football Club est en plein essor sportif et en phase de notoriété. Elle est, entre autres, symbolisée par celui qui va bientôt en devenir son capitaine attitré : Jaime Mancisidor Lasa…

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Un exil en forme de promesses

Émérite joueur venu par la force des choses du Pays Basque espagnol, ce défenseur au gabarit a priori peu impressionnant (1,74 m et 76 kg), va rapidement trouver ses marques et se faire connaître du grand public. Sans manquer de s’en faire apprécier, aussi…

Contraint de fuir la dictature militaire et le conflit naissant de l’autre côté des Pyrénées, en 1936, il débarque à Bordeaux, dans le sillage de son mentor, Benito Díaz Iraola, entraîneur de belle renommée, arrivé de la Real Sociedad, où il est né et a aussi joué. En compagnie de Santiago Urtizberea, avec lequel il a évolué à la Real Unión Club d’Irún, et passé par le club de Saint-Sébastien, également. Irún, un club phare d’Espagne, qui tient alors la dragée haute au Real Madrid C.F. ou au F.C. Barcelone… Une entité déjà titrée quatre fois en Coupe du Roi (en 1913, 1918, 1924 et 1927), ainsi que dans d’autres compétitions moins prestigieuses mais importantes. Mancisidor l'a intégrée, dans les rangs de son équipe première en 1928, à l’âge de 19 ans. Il faut savoir qu’à l’époque, le championnat espagnol n’existe pas encore (il sera créé quelques mois plus tard, en 1928-1929) et que le vainqueur de l’épreuve est considéré comme le champion d’Espagne…

Même s’il n’est pas crédité de ces trophées, « Manci », comme il sera plus tard surnommé à Bordeaux, côtoie alors des joueurs de grand talent, dont certains vont bientôt le rejoindre en Gironde. Tels que José Arana Goróstegui ou les frères Luis et Tomás RegueiroPagola1, quand d’autres, aussi, auront déjà porté, ou porteront, la prestigieuse tenue de la « Roja »…

À noter, par ailleurs, la présence dans cet effectif de René Petit de Ory, attaquant polyvalent international français, né à Dax et passé par le Real Madrid et le Stade Bordelais Université Club. Cet exil prend dès lors forme de promesses…

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Un titre qui change tout

Aguerri auprès de ce beau monde, celui qui est discret en dehors, se montre ultra efficace et redoutable dans sa fonction, sur le terrain. Calme dans la vie, serein, posé et précis dans le jeu, il commence avec les Marine et Blanc en compétition Amateurs, puisque son club d’accueil est en passe de déposer en préfecture des statuts pour bénéficier de celui de club professionnel (ce qui sera effectif en 1937). Cette catégorie, il la connaît : en Espagne, il l’a remportée en 1934 avec « Urtiz » et Arana ! Et pour une première en France, il triomphe dans la compétition dès la fin de l’exercice 1936-1937 ! Le groupe, emmené par ses emblématiques représentants, dont le gardien de but André Gérard, ou les attaquants polyvalents Roger Catherineau et Pierre-Michel Miramon (capitaine), bat le F.C. Scionzier (2-1), sur la pelouse du Stade Olympique de Colombes, le 23 mai 1937, remportant ainsi le Challenge Jules-Rimet. L’évènement est majeur, retentissant et mis en grande visibilité médiatique, puisqu’il est aussi le lever de rideau d’un France-État Libre d’Irlande (Éire) amical (0-2), joué devant plus de 17 000 spectateurs… Certes l’adversaire, champion du Lyonnais, n’est la vitrine que d’une petite bourgade de 1 200 habitants – ce qui constitue un exploit pour le F.C.S. –, mais la prestation collective des Aquitains, champions du Sud-Ouest, ne laisse pas indifférent… 

Ils marquent des points, gagnent un titre important et s’affirment aux yeux d’une France du football qui ne demande qu’à rêver. Paramètre qui n’est initialement pas forcément dans les critères de jeu de « Manci », mais qui contribue à la crédibilité d’un collectif façonné par Díaz pour gagner, avec lequel il a destin lié…

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Après le S.C. de la Bastidienne et le Club Deportivo Espaňol Bordeaux (devenus le F.C Hispano-Bastidien), clubs professionnels évoluant en Division 2, mais contraints de renoncer au niveau pour causes de dissensions en interne, ce sont donc les Girondins qui prennent le relai, à cet échelon. Désormais professionnels, en cette saison 1937-1938, ils affichent des ambitions sportives élevées, en dépit d’un manque chronique de… stade d’attache ! Pour le coup, ils voyagent dans ceux de l’agglomération mis à disposition (Suzon, Galin/Adrien Marquet), en attendant mieux (ils joueront à partir de 1938 au Stade Municipal/Parc Lescure et au Stade des Chartrons)… 

En deuxième division nationale, ils font d’abord connaissance avec la première phase (dite de « promotion), Groupe Sud, avant de basculer en deuxième, en poule de « relégation » (dite « Complémentaire » ou de « consolation », également), dans laquelle ils terminent 3es sur 9. Mancisidor « régale » d’un point de vue défensif, dans un onze qui a subi très peu de modifications depuis sa création.Seulement, sa grande force réside dans son homogénéité et dans ses automatismes, que de nouveaux éléments – qui deviendront vite majeurs – sont cependant venus bonifier à l’intersaison. Ainsi, René Rebibo (Olympique de Marseille), les Espagnols Arana, Regueiro, Enrique Soladrero Arbide, Izquierdo, – internationaux pour la plupart – ou le hongrois Ferenc Szukics/Szego, entre autres, enrichissent quantitativement et qualitativement l’escouade.

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Rendez-vous demain pour la seconde partie !